Elvire Bornand, observer la place des femmes et des personnes sexisées (concernées par le sexisme, NDLR) dans l’entrepreneuriat aujourd’hui.

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Selon Elvire Bornand, docteure en sociologie spécialisée dans l’étude des femmes entrepreneures et auto-entrepreneuses, des inégalités persistantent en matière d’accès aux ressources, de stabilité économique et de reconnaissance professionnelle.

Elvire Bornand

En 2024, les femmes représentaient 42 % des créatrices et créateurs d’entreprises (URSSAF). Derrière des chiffres en augmentation, la réalité est plus contrastée selon Elvire Bornand, docteure en sociologie qui s’intéresse aux entrepreneuses et auto-entrepreneuses dans les territoires ruraux et semi-ruraux de Loire-Atlantique. 

Elle me semble très trouble. En regardant rapidement, on peut penser que la situation s’améliore car la part des entrepreneuses augmente. Mais elles n’entreprennent pas partout et sous toutes les formes. Elles ont souvent eu une carrière salariée et se tournent vers l’auto-entrepreneuriat lors d’un changement de vie avec le besoin d’une organisation plus souple et l’envie d’améliorer la société. Elles peuvent faire ce choix après avoir connu des violences dans le salariat et arrivent fragilisées dans le monde entrepreneurial. D’autres fois après une séparation pour pouvoir conjuguer activité économique et parentalité. L’articulation entre la vie personnelle et professionnelle peut être compliquée. Il y a beaucoup de micro-entreprises et une grande vulnérabilité liée à ce statut. L’accès aux financements est plus compliqué dans l’auto-entrepreneuriat avec une mise en risque des biens personnels en cas de faillite. C’est fragile. 

Dans quels secteurs les retrouve-t-on ? 

Elles entreprennent dans les services à la personne – maison, enfants, personnes âgées – avec l’envie de faire les choses différemment. C’est une autre manière de regarder le monde avec un souci de prendre en compte les vulnérabilités. On les retrouve aussi dans la santé et l’administratif avec la question de l’accès aux droits. Ce sont les trois secteurs majoritaires. À côté, il y a la création : cuisine, textile, bijouterie, fleurs… L’activité est parfois menée en plus d’un emploi salarié. 

Ces activités ont un impact social ?

Dans un monde qui a besoin d’être réparé, nous avons besoin du care (prendre soin, NDLR). C’est une autre manière de considérer l’innovation mais ces activités ne sont pas valorisées, ce qui fragilise économiquement ces entrepreneuses. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire doivent s’interroger sur la valorisation de ces missions. Il faut sécuriser les risques pris et les rendre solvables. S’occuper des enfants et des personnes âgées fait sans doute moins rêver que révolutionner le monde par l’IA mais il est aujourd’hui essentiel de soutenir ces entreprises.   

Le monde de l’entrepreneuriat est-il sexiste ?  

Ces dernières années, la parole se libère dans la tech. Des fondatrices de startups témoignent des violences vécues notamment lors de la recherche de financements. Le féminisme a beaucoup moins percé dans le monde entrepreneurial que dans le salariat. Le mythe de la liberté y écrase la notion d’égalité en faisant reposer la situation sur chaque individu. On retrouve également des discours masculinistes qui vantent des qualités dites masculines – le courage, l’audace – pour entreprendre. 

Quels sont les freins à lever ? 

Ils sont nombreux. Le premier est d’ordre symbolique : l’entrepreneuriat est pensé au masculin. On ne peut pas réfléchir en termes de 50/50 comme si le modèle actuel était neutre alors qu’il est fait par et pour les hommes. Il faut le repenser pour prendre en compte les spécificités des entrepreneuses. Le second est d’ordre relationnel. Les femmes ont besoin de réseaux, pas seulement féminins, qui interrogent leurs vulnérabilités spécifiques face à l’entrepreneuriat notamment en ce qui concerne l’organisationnel. Ces groupes de pairs sont très importants. Il est important d’avoir des réseaux en dehors des grandes villes pour une approche plus horizontale. Les freins organisationnels sont toujours importants. Tant que les femmes feront la majorité du travail domestique, elles n’auront pas le temps de s’investir dans leurs entreprises comme leurs collègues masculins. Il faudrait révolutionner la manière de penser l’entrepreneuriat pour qu’elles arrivent à développer leur projet dans un temps plus contraint. Les politiques publiques ont un rôle à jouer sur ces spécificités de l’entrepreneuriat féminin, à la fois sous l’angle des vulnérabilités et de l’accès aux financements. 

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Selon Elvire Bornand, docteure en sociologie spécialisée dans l’étude des femmes entrepreneures et auto-entrepreneuses, des inégalités persistantent en matière d’accès aux ressources, de stabilité économique et de reconnaissance professionnelle.