Aujourd’hui en France, on gaspille 10 millions de tonnes d’aliments consommables dont 50.000 tonnes de pain chez les boulangers chaque année. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap est 2 fois plus élevé. C’est en partant de ces constats que 3 associées, ingénieures agro-alimentaires : Alix, Louise et Katia, ont décidé d’agir en créant Kignon Nouvelle fenêtre. Kignon est né après « L’Atelier », un projet qu’elles avaient lancé lorsqu’elles étaient salariées d’une association, avant de fonder leur propre entreprise en mai 2021.
L’entreprise produit des biscuits intégralement fabriqués et conditionnés par des personnes en situation de handicap, en utilisant de recettes élaborées à partir d’invendus et de produits alimentaires revalorisés, le premier gisement exploité étant le pain (d’où le nom « Kignon »).
Lancé en octobre 2020, « L’Atelier Nouvelle fenêtre » avait ouvert une boutique éphémère au sein d’une galerie marchande sur l’Île de Nantes. En mars 2022, la biscuiterie Kignon a ouvert à Savenay, elle propose des gammes sucrées et salées et s’apprête à diversifier ses produits vers le granola, les gâteaux moelleux ou encore la bière.
Ce qui a changé depuis les débuts
L’évolution de Kignon se traduit par un changement d’échelle majeur et une mutation du modèle économique :
· Croissance des effectifs : L’équipe de biscuitiers, tous travailleurs en situation de handicap, est passée de 3 à 30 personnes. L’équipe support est quant à elle passée de 3 à 11 personnes.
· Croissance du volume de matières sauvées du gaspillage : Aujourd’hui, l’atelier sauve l’équivalent de 500 baguettes de pain par jour pour produire 30 000 biscuits sucrés et salés.
· Pivot stratégique vers l’industrie : Le modèle initial basé sur les ESAT (Etablissements et Services d’Aide par le Travail), des petites structures locales, limitait le passage à l’échelle et la rentabilité. Kignon a donc décidé de nouer des partenariats industriels.
Ce qui a marché
Plusieurs facteurs clés ont favorisé le développement de Kignon :
· Un accueil favorable du concept et des produits par les clients : La demande est forte en France, et les produits sont désormais présents partout sur le territoire.
· La diversification des réseaux de distribution : Initialement soutenue par des acteurs militants (réseaux bio, épiceries vrac), la marque a ensuite été sollicitée par la grande distribution et le secteur de l’hôtellerie-restauration pour créer des partenariats.
· La visibilité médiatique : L’entreprise bénéficie d’une couverture médiatique constante (presse, radio, télé), ce qui a permis de se faire connaitre rapidement, et de porter les messages sur le handicap et l’anti-gaspi en continu.
· Le cercle vertueux de l’impact : Plus le chiffre d’affaires progresse, plus l’impact social et environnemental est fort, car la vente de biscuits finance directement la formation de travailleurs handicapés et le sauvetage de matières premières.
Retour d’expérience : ce que nous aurions aimé savoir avant
L’importance de bien s’entourer : Il est crucial de rejoindre des réseaux très tôt pour bénéficier de mentors et de retours d’expérience de pairs ayant vécu les mêmes défis (comme Réseau Entreprendre, des réseaux métiers, d’acteurs dans le handicap…).
· L’agilité permanente : Il ne faut jamais se reposer sur ses acquis et rester ouvert aux opportunités, comme le montre le pivot industriel qui n’était pas prévu au lancement.
· L’audace de se lancer : Passer du statut de salarié à entrepreneur nécessite d’oser quitter le « confort » du salariat pour suivre ses convictions. « Il n’y a jamais de bon moment, il faut savoir foncer ».