À Nantes, les trajectoires entrepreneuriales naissent souvent d’un déclic. Celui de François Friscourt s’est construit au fil des années, entre observation du réel et volonté d’agir. Aujourd’hui, avec sa startup Terre Vorace, il s’engage pour transformer la gestion des biodéchets en ville et participer à une transition écologique concrète.
Refuser de produire des “pré-déchets”
Designer industriel de formation, François Friscourt a rapidement remis en question le sens de son métier. « Je ne voulais surtout pas designer des “pré-déchets”, des choses vouées à être jetées. » Une prise de conscience renforcée par son quotidien au Mans, face à un centre de tri : « Je passais tous les jours devant… j’avais l’impression qu’on vidait une maison, et après ça partait Dieu sait où… » Ce constat devient un point de bascule. L’envie d’entreprendre s’impose, avec une conviction : agir sur les déchets, mais autrement.
Repenser notre rapport au vivant
Son parcours le mène à Nantes, à l’École de Design Nantes Atlantique, où il se spécialise en numérique durable. Son projet de fin d’études s’intéresse à un sujet encore peu exploré : « La reconnexion entre l’humain et les invertébrés. » Un enjeu écologique majeur, car ces espèces sont au cœur des écosystèmes. Pourtant, elles restent mal perçues. « Il fallait changer le regard… arrêter de voir les insectes comme sales ou effrayants. »
Changer d’échelle pour avoir un impact
À ses débuts, Terre Vorace prend la forme d’un lombricomposteur individuel. Mais rapidement, une réalité s’impose : « Ça n’allait pas assez vite pour la transition environnementale. » Grâce à l’accompagnement local, notamment via Nantes Université et les dispositifs d’appui à l’innovation, le projet évolue : « Grâce aux analyses du cycle de vie, j’ai compris qu’il fallait passer de l’individuel au collectif. » Un changement stratégique décisif.
Qu’est-ce que les femmes apportent à l’entrepreneuriat ?
« Je pense que nous avons une façon différente d’appréhender les rapports hiérarchiques. Nous avons une conception beaucoup moins verticale ce qui nous permet de mieux gérer les équipes. Nous sommes aussi plus enclines à partager nos doutes. Chez les hommes il y a cette obligation a ne pas montrer ses faiblesses, à être toujours le meilleur. Nous savons aussi créer de vrais liens, être dans la confiance. Je le vois bien lorsque je participe à des temps d’échanges dans des réseaux de femmes entrepreneuses, on se confie facilement à des personnes qu’on ne connait pas forcément et on partage des valeurs fortes basées sur la qualité de relation et la motivation de chacun. Ce « management bienveillant » particulièrement porté par les femmes est tout aussi efficace, voir meilleur, qu’un management patriarcal. Il est grand temps de le faire savoir ! »
Un service clé en main pour les entreprises
Aujourd’hui, Terre Vorace propose une solution directement intégrée chez ses clients. « Nous installons les composteurs et nous faisons l’entretien sur place. » Une approche qui se distingue des modèles classiques de collecte : « On fait travailler les vers de terre, ce qui évite les camions et réduit la main-d’œuvre. » Résultat : pas d’odeurs, moins de transport, pas de charge mentale et une gestion locale des biodéchets.
Un projet ancré dans son territoire
Le compost produit est réinjecté localement : « On le redistribue aux usagers ou à des associations comme La Sauge ou L’Agronaute. » L’entreprise travaille déjà avec des acteurs majeurs du territoire : « Notre premier gros contrat a été Nantes Université. » « On a aussi le Crédit Mutuel. » Un ancrage local fort, qui s’inscrit dans une dynamique territoriale plus large.
Nantes Métropole, un soutien déterminant
Derrière ce développement, un écosystème joue un rôle clé. Nantes Métropole accompagne les projets à impact bien au-delà des seuls dispositifs de financement : elle s’inscrit dans une présence continue, faite d’échanges réguliers et d’un suivi tout au long du parcours entrepreneurial. Cet accompagnement prend une dimension très concrète à travers les relations humaines qui se nouent dans la durée. François Friscourt a ainsi pu s’appuyer sur un dialogue constant avec des interlocuteurs engagés comme Florence Le Goff et Matthieu Clavier, qui ont facilité les mises en relation, les prises de décision et les différentes étapes de structuration du projet. Cet appui repose sur une véritable logique de parcours, où chaque dispositif intervient à un moment clé.
En amont, certains programmes permettent de faire émerger et structurer les idées. Le programme PEPITE Nouvelle fenêtre de Nantes Université accompagne les étudiants et jeunes diplômés dans leurs premiers pas entrepreneuriaux, en leur apportant un cadre, du mentorat et des outils pour transformer une intuition en projet. Le concours Spice Up Nouvelle fenêtre joue ensuite un rôle d’accélérateur : il permet de tester la solidité de l’idée, de la confronter à un jury et de gagner en visibilité, tout en offrant parfois un premier soutien financier. À mesure que le projet se précise, d’autres dispositifs prennent le relais pour approfondir et professionnaliser la démarche. L’École de design Nantes Atlantique, à travers son accompagnement pédagogique, aide à intégrer les enjeux de design, d’usage et d’innovation responsable. De son côté, l’Eco-Innovation Factory d’Atlanpole soutient les projets à impact environnemental en phase de développement, en apportant expertise, réseau et accompagnement à la structuration du modèle.
Enfin, lorsque le projet est prêt à se concrétiser, des dispositifs portés ou soutenus par Nantes Métropole permettent de passer à l’expérimentation et au déploiement. Le prêt Nantes Transition sécurise les premières phases de mise en œuvre, tandis que Nantes City Lab offre un terrain d’expérimentation en conditions réelles, directement sur le territoire.
L’ensemble de ces dispositifs fonctionne de manière complémentaire. Ils s’articulent comme une chaîne d’accompagnement continue, de l’émergence de l’idée jusqu’à son déploiement opérationnel. Souvent peu visible dans sa globalité, ce parcours joue pourtant un rôle déterminant : il sécurise chaque étape du projet et en renforce considérablement les chances de réussite. Dans le cas de Terre Vorace, il illustre pleinement la capacité de l’écosystème nantais à faire grandir une initiative locale jusqu’à une solution concrète au service de la transition écologique. François Friscourt le souligne : « On a été beaucoup aidé par la Métropole via le prêt Nantes Transition. » Ce soutien financier permet de sécuriser les premières étapes et d’accélérer la mise en œuvre des solutions. Nantes Métropole joue ainsi un rôle de fil conducteur, à la fois structurant et humain, en accompagnant les porteurs de projet à chaque étape, de l’idée jusqu’au déploiement. Grandir sans perdre le sens.
Aujourd’hui, Terre Vorace poursuit son développement avec ambition : « On a déployé 15 composteurs… l’objectif est d’atteindre 200 unités d’ici 2026. » Avec un modèle de gouvernance engagé : « Je réfléchis à passer en SCOP pour que tout le monde soit au capital. » Et une vision claire : « Nourrir les villes durables. »
Entreprendre autrement
Pour François Friscourt, entreprendre dans l’économie circulaire demande une posture particulière : « Il faut des convictions fortes. Remettre son process en question en permanence. Se faire aider par les réseaux et les métropoles. » Un message qui résonne avec l’écosystème nantais, où innovation et engagement vont de pair.
Un territoire qui fait émerger les solutions de demain
À travers des parcours comme celui de François Friscourt, Nantes confirme son rôle de territoire d’expérimentation et d’innovation. En soutenant concrètement les startups via des subventions et un accompagnement structurant, Nantes Métropole permet à des projets engagés de passer à l’échelle et de répondre aux défis environnementaux actuels. Des initiatives comme Terre Vorace illustrent ainsi une nouvelle manière d’entreprendre : locale, responsable et tournée vers l’avenir.
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Résumé du contenu
François Friscourt, fondateur de Terre Vorace, développe à Nantes une solution innovante de gestion des biodéchets pour nourrir les villes durables et accélérer la transition écologique