Découverte métier : Conservateur-restaurateur, au chevet des biens culturels

Métropole nantaise

Résumé du contenu

Un collectif de conservateurs-restaurateurs nantais a participé à la restauration d'une partie des tableaux de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port.

Une partie de l'équipe de l'atelier de conservateurs-restaurateurs du 16Ter sur l'Île de Nantes.

Au mois de février dernier, les 7 premiers tableaux restaurés sur les 14 que compte le chemin de croix peint par Joseph Gouézou en 1860, ont été réinstallés dans l’église Notre-Dame-de-Bon-Port à Nantes. Cette opération de restauration s’inscrit dans un programme de restauration des tableaux des églises dont la Ville est propriétaire. Ce travail a été réalisé par les deux conservatrices-restauratrices nantaises, Claire Le Goff et Kyriaki Tsesmeloglou. Les tableaux ont été restaurés dans les espaces du pôle de conservation Le 16ter, situé dans le quartier de la création sur l’île de Nantes. Cet atelier pluridisciplinaire regroupe des professionnelles et des professionnels spécialisés dans différents domaines : certains travaillent sur les tableaux et les icônes( Kyriaki Tsesmeloglou), d’autres sur les objets ethnographiques (Charlotte Goemaere), les objets en bois et matériaux plastiques (Julia Becker) ou encore la peinture murale (Tristan Mahéo). Nantes Métropole Entreprises est allé à leur rencontre.

Comment devient-on conservateur-restaurateur ?

« Pour devenir conservateur-restaurateur, il faut suivre une formation de 5 ans après le bac dans une des quatre écoles reconnues par l’état. Cette formation d’études supérieures demande des compétences multiples en associant un cursus scientifique, histoire de l’art et maitrise des techniques artistiques. Les diplômes obtenus permettent ensuite de travailler avec les musées de France ou sur des monuments historiques tout en respectant le code d’éthique et de déontologie défini par les chartes internationales sur la protection des biens culturels.»

En quoi consiste cette profession ?

« Le métier de conservateur-restaurateur consiste à préserver et restaurer les œuvres d’art et les objets du patrimoine afin de les transmettre aux générations futures. Aujourd’hui la notion de conservation-restauration comprend le travail scientifique et d’analyse préalables à tout protocole de traitement, grâce à des techniques d’imagerie scientifique comme la radiographie, l’infrarouge ou l’observation sous lumière Ultra-Violet ou d’analyses de prélèvement de matière. À Nantes nous avons la chance d’avoir le laboratoire d’archéologie Arc ’Antique qui effectue ce type d’examens. Conserver-restaurer ne consiste pas à « réparer » une œuvre, ceci est une notion artisanale que l’on attribuait dans le passé. Un conservateur-restaurateur n’est ni artisan ni artiste car il ne fabrique rien et ne crée rien, il intervient sur des œuvres originales dont le souci premier est le respect de leur matérialité avec l’emploi de méthodes visibles, lisibles, stables et réversibles. Par exemple, lorsqu’ils s’agissent des retouches, celles-ci doivent rester réversibles afin de ne pas être confondues avec l’œuvre originale. Nous ne sommes pas là pour ajouter notre patte à une œuvre ou à un objet. Nous sommes là pour participer à la transmission et à la contextualisation à travers la restauration. Il faut également inclure la notion de conservation préventive, c’est à dire l’ensemble des actions qui protègent une œuvre des facteurs de dégradation comme par exemple le contrôle de l’environnement, leur mode de présentation ainsi que leur protection contre les vandalismes entre autres.»

Avec qui travaillez-vous ?

« Le fait que nous soyons diplômés d’État nous permet de travailler avec les Musées de France et sur les Monuments Historiques. À Nantes, nous collaborons par exemple avec le Musée d’Arts, le Musée Dobrée, la DPARC Nantes Métropole, le château des Ducs de Bretagne, le Musée Jules Verne et la future Cité des Imaginaires. C’est aussi au 16ter que les figures de proue et les éléments décoratifs du Belem ont été restaurés, puisqu’il est inscrit au titre des Monuments Historiques. »

Comment s’est passé le travail de restauration sur les tableaux du Chemin de Croix de Notre-Dame-de-Bon-Port ?

« Suite à une étude préalable des tableaux présents dans les églises nantaises, certaines restaurations ont été jugées prioritaires. La Ville a alors lancé un appel d’offres auquel nous avons répondu en créant un groupement de plusieurs conservateurs-restaurateurs. Celui-ci réunit Claire Le Goff, Kyriaki Tsesmeloglou ainsi que le conservateur-restaurateur Sébastien David installé à Tours, chargé de la dorure de l’encadrement et de l’accrochage des oeuvres. Une fois les œuvres décrochées, un premier diagnostic a été réalisé. Le programme de restauration peut ensuite être ajusté selon l’état de conservation des tableaux. Pour les sept premières stations du Chemin de croix, par exemple, l’intervention a débuté par un dépoussiérage. Chaque œuvre a ensuite fait l’objet d’une dé-restauration — c’est-à-dire l’élimination des interventions antérieures. Ainsi nous avons pu poursuivre avec les traitements de supports, comme des doublages pour consolider et maintenir la toile d’origine, le remplacement des châssis, et le traitement des couches picturales comme leur nettoyage et la réintégration des lacunes. L’état des tableaux variant d’une œuvre à l’autre, les traitements diffèrent et donc nous ne pouvons pas parler de systématisme de traitement : chaque œuvre reçoit un traitement sur-mesure. En moyenne, la restauration de chaque tableau a demandé près d’un mois de travail. »

Pourquoi travailler à Nantes ? Quand-est-il de l’écosystème local de la restauration de bien culturels ?

Julia Becker : « On peut se déplacer partout en France et dans le monde depuis Nantes. C’est très central géographiquement. Et puis Nantes est une ville assez riche artistiquement parlant, notamment dans le domaine de l’art contemporain. Beaucoup d’institutions sont centralisées à Paris. Mais à Nantes, nous sommes assez bien pourvues. Je pense notamment au laboratoire Arc’Antique qui nous apporte une vraie autonomie scientifique. »
Claire Le Goff : « Il y a également, dans le Grand-Ouest en général, une grande richesse patrimoniale avec un vrai intérêt pour sa conservation. »
Charlotte Goemaere : « De mon côté il y avait peu de concurrence dans ma spécialité. L’histoire de Nantes, et plus largement de la côte atlantique, notamment l’époque liée à la traite atlantique et à l’esclavage ont été à l’origine de collections ethnographiques dont les musées de la région sont riches. »
Kiriaki Tsemeloglou : « J’ajouterai qu’il existe une très bonne ambiance collaborative sur le territoire entre les acteurs patrimoniaux. Les conservateurs-restaurateurs ligériens forment facilement des équipes pour répondre à des appels d’offre demandant plusieurs disciplines. Il faut souligner que les institutions comme la Ville et la Métropole de Nantes ou la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) sont très sensibles à maintenir un esprit de collégialité avec les professionnels de la conservation-restauration. »

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui voudraient se lancer dans le métier de restaurateur-conservateur ?

« C’est une filière d’excellence. ll s’agit d’un métier passionnant mais exigeant, qui demande rigueur, patience et une grande sensibilité pour le patrimoine.Il faut Aller aux portes ouvertes des écoles reconnues par l’état pour rencontrer les étudiantes et les étudiants, se renseigner sur les différentes spécialités qui existent et sur le contenu de la formation qui comprend un large pan technique et scientifique. Nous conseillons aux personnes intéressées par ce métier de se renseigner exclusivement sur les quatre écoles publiques spécialisées et leurs différentes spécialités, qui sont les seuls cursus décernant un diplôme d’État. »

En savoir plus sur la Fédération Française des Conservateurs-Restaurateurs Nouvelle fenêtre







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Un collectif de conservateurs-restaurateurs nantais a participé à la restauration d'une partie des tableaux de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port.